Colloque
Aujourdhui lhypnose
Compte-rendu du Colloque du Samedi 21 Mai,
qui s’est déroulé à l’Espace Pierre Cardin à Paris.
Colloque coordonné par Jean-Marc BENHAIEM & François ROUSTANG
En partenariat avec les Editions In Press
Aujourd'hui l'hypnose :
Que risque-t’il d’arriver lorsque l’on invite a une même journée
un journaliste réputé pour son ouverture d’esprit, son goût
pour la polémique et les idées nouvelles, des formateurs et auteurs
d’ouvrage sur une nouvelle technique thérapeutique, des érudits en philosophie et cultures extrême-orientale et africaine,
des psychiatres, des psychologues et des philosophes dans un espace de création tel que l’espace Cardin au cœur de Paris ?
Une belle alchimie où se sont conjugués les courants de la pensée
et les méthodes de l’hypnose tels qu’ils ont évolué jusqu’à ce jour
et où les interactions avec l’auditoire composé de médecins, de divers spécialistes (anesthésiologistes, chirurgiens dentistes) et plus généralement de soignants ont été nombreuses, fructueuses,
et plus rare, interactives et cordiales. Pour preuve de l’intérêt de cette journée, le public est resté jusqu’à la fin du colloque, ce qui en soi est déjà révélateur, mais il a aussi manifesté sa présence de façon attentive et curieuse.
« Aujourd’hui l’hypnose » a consacré, en une journée, le travail,
la ténacité, la maîtrise actuelle de la technique des hypnothérapeutes, psychologues, médecins, psychiatres qui utilisent l’hypnose dans leur pratique quotidienne, en particulier dans les pays francophones(France, Suisse, Canada) et illustré les thématiques rassemblées dans l’ouvrage du même nom publi aux éditions In Press.
Plus encore, au travers de la table ronde organisée dans l’après-midi, les questions de méthodologie ont conduit les participants et leur auditoire à situer la démarche de l’Hypnose par rapport à celle des sciences classiquement reconnues comme telles et à affirmer
sa validité à l’instar d’une science biologique.
L’hypnose en pratique : une méthode en quatre temps
Une méthode inspirée des travaux de Charcot et de Freud mais qui s’en est bien éloignée et a trouvé sa voix grâce à l’originalité de la démarche de Chertok et d’Erickson.
Une « mise en scène » introductive menée par le Dr Jean-Marc BENHAIEM à laquelle le journaliste Michel POLAC et le public se sont prêtés, avec un consentement amusé mais prudent, l’espace de quelques minutes, a permis de rentrer en pratique et rapidement « fixez un point lumineux »… dans le vif du sujet.
Etait ainsi abordée - par l’exemple - la première phase ou phase d’induction de l’hypnose, qualifiée encore de phase de sidération ou de phase « défaite », d’apparence passive, à la fois spectaculaire et génératrice potentielle d’inquiétude.
Cette étape ouvre à des phénomènes de dissociation caractérisant
la seconde phase. Celle-ci, dite phase d’ « ouverture » ou de
« dissociation », mène finalement au dépassement du « symptôme » par le patient. Exploitant ses propres ressources, il récupère sa lucidité et la liberté d’esprit nécessaire à la maîtrise de son problème.
Dans la troisième phase ou phase de « perceptude », le patient modifie sa perception initiale, émerge de sa focalisation obsessionnelle (addiction à l’alcool, au tabac, « externalisation »
d’un organe douloureux, soumission à un individu…) ; « le point sur lequel le patient s’était figé a disparu de sa perception ». Le patient
se libère de se obsessions, tensions, se réconcilie avec l’organe à nouveau internalisé. Les pathologies coliques bénéficient largement des effets de l’hypnose, ont souligné les organisateurs de la journée et le public.
Enfin - quatrième et dernière phase - la patient sort de l’hypnose et réorganise sa pensée.
L’hypnose : une méthode thérapeutique pragmatique adaptée à la singularité du patient et
à son environnement
L’hypnose s’accompagne d’une approche pragmatique qui place l’action au centre du processus : le philosophe hypnothérapeute François ROUSTANG a insisté sur l’absence de bénéfice pour le patient que la poursuite sans fin de la recherche de la ou des causes à l’origine de son mal ; le thérapeute doit mener son patient à extérioriser son problème afin de le transformer. Ce travail du thérapeute, le Dr MEGGLE l’avait exprimé avec un certain humour de la façon suivante : « Le thérapeute doit peser de tout son poids pour obtenir un changement spontané de la part du patient » !
Alors, selon M. ROUSTANG, « le symptôme s’évacue lorsqu’il perd
sa place à part dans l’individu ». « Il faut le laisser (le problème) se fondre dans le contexte de vie du patient, dans son ambiance
de vie ».
Les exposés des psychiatres Dominique MEGGLE et Gérard SALEM
ont illustré ces spécificités de l’hypnose qui recentrent la guérison sur le malade pris en tant qu’individu singulier : « hypnotiser quelqu’un c’est pour un thérapeute individualiser sa communication
à un patient précis, unique, en vue de Lui faire produire sa propre hypnose ». Les modes de gestion différents de deux patients atteints de phobie d’avion a été un des exemples développés.
Le patient est également intégré au sein d’un groupe, dans une structure sociale donnée. A la connaissance clinique s’ajoute la nécessaire connaissance « épidémiologique ». L’hypnose est
« une expérience plurielle » a souligné le Dr SALEM puisque l’hypnose est un régime particulier de la conscience. L’importance des rites mis en place par la famille comme par le thérapeute peut être déterminante dans la guérison du malade. L’exemple des papiers votifs chinois a été choisi par l’intervenant dans le cadre de l’hypnose d’une enfant leucémique ou encore le stockage dans le tiroir du thérapeute des hallucinations d’un malade… Il a par ailleurs rappelé
le culte des ancêtres toujours inclus dans le rituel quotidien des peuples asiatiques.
L’hypnose : une interaction de qualité
entre le thérapeute et le patient
C’est un autre point qui a été développé par les orateurs cités précédemment.
Depuis Charcot, le rapport de l’ « hypnotiseur » et du malade a évolué : la mise sous hypnose du patient ne relève pas de la faiblesse de son caractère et de sa fragilité. Le « pouvoir » n’appartient pas au seul thérapeute. Car l’hypnose s’appuie sur un phénomène physiologique, un potentiel que chaque être humain est capable
de développer ; le thérapeute lui montre le chemin. Il peut conduire son patient par exemple à un phénomène de régression ou au contraire de progression en âge ou de distorsion corporelle…
L’attitude du thérapeute, par la qualité de son interaction avec son patient aide ce dernier à mobiliser ses ressources intérieures
et maximalise l’effet « placebo ». Des modifications anatomo-physiologiques, rendues accessibles par les récentes techniques d’imagerie du système nerveux central, des modifications biochimiques (production d’interleukines, d’endorphines…) et endocriniennes viennent aujourd’hui aider à objectiver certains effets du phénomène hypnotique.
A l’inverse une mauvaise communication peut provoquer un effet
« Nocebo ». Il est donc primordial d’en prendre conscience. L’hypnose demande à l’hypnotiseur de l’intégrité et une proximité suffisante
avec le patient même si le terme d’empathie n’est sans doute pas approprié. Nous pouvons donc, même si cela n’a pas été exprimé clairement pendant le colloque, penser que le charlatanisme de certains thérapeutes autoproclamés est une pratique à haut risque pour le patient. « Un mot peut guérir ou tuer » a conclu le Dr MEGGLE.
L’hypnose : sa quintescence et ses limites
L’hypnose est une science mais une science particulière à mi-chemin entre les sciences exactes et les sciences humaines.
Certains chercheurs tels Didier MICHAUX, professeur psychologue contribuent à démontrer l’existence de bases d’objectivation de cette méthode. Ainsi, celui-ci a présenté les méthodes permettant d’établir un score évaluant la susceptibilité des patients à entrer plus ou moins facilement dans l’hypnose et contribuant à estimer leur faculté d’atteinte d’une hypnose plus ou moins profonde (transe). Cette mesure apparaît à la fois stable avec le temps (reproductible)
et indépendante de l’ « expérimentateur ».
L’hypnose est une science puisqu’elle repose sur une démarche expérimentale au sens du physiologiste Claude BERNARD et sur le recueil de descriptions de cas. D’autres arguments viennent à l’appui de cette affirmation comme le rappelait Eric BONVIN, psychiatre suisse : le caractère collectif du travail, la transparence de
la méthode, le contrôle par des pairs des résultats. Comme toute démarche scientifique elle s’inscrit sur une assise philosophique,
puis épistémologique. Elle fait appel à une méthodologie codifiée faisant appel à un savoir faire précis qui conduit à une pratique évolutive liée à l’histoire et à la socioculture.
Mais est-il vraiment nécessaire comme questionnait lui-même
Eric BONVIN, d’apporter une démonstration de la « qualité scientifique » d’une méthode alors que l’observation et l’Histoire de l’Homme ont démontré sa présence et son utilisation par de nombreuses sociétés africaines ou asiatiques en particulier. Car si « l’hypnose ne livre
aucun indice sur sa nature, elle trouve sa place légitime
dans la nature humaine ».
Trouvant sa source dans les ressources propres de l’Homme,
la singularité de tout individu lui retire toute chance de reproductibilité,
la liberté individuelle la rend, par définition, peu prédictive.
Il n’est sans doute pas besoin d’apporter une démonstration mathématique à une science humaine ; mais un besoin réel de définition de concepts et de collecte d’informations et de descriptions (un peu à la manière de la matière médicale) renforceraient la crédibilité déjà bien établie de cette méthode thérapeutique.
M. François ROUSTANG s’étonnait du caractère apaisé du public du colloque, alors qu'il y a quelques années, les médecins et soignants manifestaient leurs doutes et questionnements de manière relativement agressive ! L’hypnose aujourd’hui a donc trouvé sa place et une place relativement bien reconnue.
L’hypnose aujourd’hui : « accepter de renoncer au souci du sens » (François ROUSTANG)
L’hypnose est donc une méthode thérapeutique qui s’appuie sur une potentialité physiologique présente en chaque individu mais que ce dernier peut plus ou moins bien exploiter.
L’hypnose, comme le développait le Dr Dominique MEGGLE n’a ni indication ni contre-indications que l’on pourrait citer comme sur les notices de médicaments ! Par contre son utilisation combinée à l’action pharmacologique des médicaments serait à étudier comme élément synergiste prometteur, comme proposé par le Dr Eric BONVIN.
L’hypnose ne guérit pas un symptôme, même si le patient a son attention focalisée sur ce symptôme et consulte pour celui-ci.
Le thérapeute se met au service du patient et le guide par des suggestions ou des associations d’idées adéquates vers un état où il va pouvoir mobiliser son mal et le dissoudre par le mouvement
(Dr MEGGLE et M. ROUSTANG) en basant son exercice sur ses connaissances et son expérience clinique.
L’hypnose va donc plus loin que le simple traitement du motif de la consultation ; le comportement du patient peut s’en trouvé changé dans ses relations familiales ou professionnelles par exemple, du fait de sa plus grande ouverture aux mouvements de la vie.
L’hypnose ne doit faire peur ni au malade ni au thérapeute parfois tenté d’arrêter sa pratique devant les « miracles accomplis » ! Même des enfants (à partir de 5-6 ans) peuvent en bénéficier (Dr SALEM).
Ses applications dans le cadre de la douleur sont un exemple des plus démonstratifs de son efficacité (Dr BENHAIEM). Cette méthode demande de mettre un terme à la « rumination » (des problèmes),
ce qui pour le vétérinaire que je suis et certainement aussi à d’autres soignants, est en soi déjà une véritable révolution de la pensée !
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